La présence du poisson-lion sur les côtes libanaises refait le buzz sur les réseaux sociaux. Depuis plusieurs semaines, des publications accompagnées de photos de ce poisson aux longues nageoires rayées mettent en garde les baigneurs et les plongeurs. « N’y touchez pas », « espèce très dangereuse », « envahisseur des mers » : les messages se multiplient. Mais ces avertissements racontent-ils toute l’histoire ?
La réponse est oui… mais seulement en partie.
Le poisson-lion (Pterois miles) est bien une espèce invasive. Originaire de l’océan Indien et de la mer Rouge, il a gagné la Méditerranée en empruntant le canal de Suez. Avec le réchauffement des eaux, son expansion s’est accélérée ces dernières années, notamment dans le bassin oriental de la Méditerranée, jusqu’aux côtes libanaises.
Pourquoi inquiète-t-il autant les scientifiques ? Parce qu’il s’agit d’un redoutable prédateur. Il se nourrit d’une grande variété de petits poissons, de crustacés et d’autres organismes marins. En Méditerranée, il ne possède pratiquement aucun prédateur naturel capable de contrôler ses populations. À cela s’ajoute une reproduction particulièrement rapide : une femelle peut produire plusieurs millions d’œufs par an. Résultat, le poisson-lion concurrence les espèces locales pour les ressources alimentaires et participe au déséquilibre d’écosystèmes déjà fragilisés par le changement climatique, la pollution et la surpêche.

Les publications virales ont également raison de souligner qu’il ne faut pas le manipuler. Ses épines dorsales, pelviennes et anales sont reliées à des glandes à venin. Une piqûre provoque une douleur très intense, un gonflement important et peut nécessiter une prise en charge médicale, sans être généralement mortelle. Les pêcheurs, plongeurs et baigneurs doivent donc éviter tout contact direct avec un spécimen vivant.
En revanche, beaucoup de publications oublient de préciser un point essentiel : dangereux ne signifie pas immangeable. Le venin est contenu uniquement dans les épines et non dans la chair. Une fois le poisson manipulé et préparé par des professionnels, ses épines sont retirées et sa chair devient parfaitement comestible. Décrite comme fine et délicate, elle est même comparée à celle de certaines rascasses.
C’est pourquoi plusieurs pays méditerranéens, notamment la Grèce et Chypre, encouragent aujourd’hui sa consommation. Des campagnes de sensibilisation, des formations destinées aux pêcheurs et même des démonstrations culinaires ont été organisées afin de transformer cette espèce invasive en ressource alimentaire. Au Liban, quelques restaurants ont également commencé à proposer le poisson-lion à leur carte.
Peut-on pour autant sauver la Méditerranée en le mangeant ? Pas à lui seul. Les chercheurs rappellent que la consommation ne permettra pas d’éradiquer une espèce déjà largement installée. En revanche, créer une demande commerciale encourage les pêcheurs à le capturer plutôt qu’à le rejeter, ce qui peut contribuer à réduire localement ses populations et à limiter son impact sur la biodiversité.
Les réseaux sociaux ont raison d’alerter sur la dangerosité du poisson-lion vivant et sur son caractère invasif. En revanche, ils passent souvent sous silence que cette espèce est aussi considérée comme un nuisible écologique et que sa consommation, lorsqu’elle est issue d’une préparation sûre, fait aujourd’hui partie des stratégies recommandées pour aider à contrôler son expansion en Méditerranée.

