Dans le détroit d’Ormuz, la confrontation entre les États-Unis et l’Iran change de nature : elle se joue désormais autant sur les flux économiques que sur le terrain militaire. Un affrontement sous tension, où chaque perturbation du trafic maritime menace d’entraîner une onde de choc à l’échelle mondiale.

Le détroit d’Ormuz n’est plus seulement un point de passage stratégique : il est devenu l’un des centres névralgiques de la confrontation entre Washington et Téhéran. En faisant du trafic maritime, du pétrole et de l’inflation mondiale des instruments de guerre, les États-Unis ont ouvert une séquence à haut risque, où la pression économique peut aussi bien relancer la négociation que précipiter l’embrasement.

La guerre livrée par les États-Unis à l’Iran ne se limite pas à sa dimension géographique. C’est une guerre d’un genre nouveau, où le prix des carburants à la pompe constituent une arme inédite.

Le calcul américain est clair : étouffer l’Iran, couper ses voies de respiration, et transformer la pression militaire en levier politique. Autrement dit, faire comprendre au régime iranien que la guerre peut désormais lui coûter non seulement des positions stratégiques, mais aussi sa capacité à commercer, à exporter et à tenir dans la durée.

Mais un blocus dans cette zone n’est jamais une opération neutre. Ormuz n’est pas un simple couloir maritime. C’est l’une des artères vitales de l’économie mondiale. Chaque tension dans ce détroit se répercute sur le pétrole, sur les assurances maritimes, sur les prix à la consommation et, à terme, sur l’inflation mondiale. Ce qui se joue ici dépasse donc de très loin le seul face-à-face américano-iranien.

Officiellement, le détroit d’Ormuz est une voie de passage internationale. Les lois de navigation internationales permettent d’appliquer des droits de passage à des voies artificielles, creusées de main d’homme, telles que le canal de Suez ou celui de Panama. En revanche, les passages naturels tels que le détroit de Gibraltar, de Malacca ou d’Ormuz ne font pas l’objet de droits de péage.

La réalité est que toute la situation échappe au droit international. Partant de là, quels sont les scénarios possibles ?

1- La pression qui aboutit à la reprise des négociations. Celles-ci sont officiellement suspendues mais non annulées.

2- L’escalade contrôlée. Sans fermer la porte à la diplomatie, l’Iran pourrait tenter des opérations de harcèlement des navires de guerre américains, afin d’impressionner l’opinion publique américaine.

3- L’embrasement. Il est possible puisqu’un blocus demeure un acte de guerre. Un incident, même banal, pourrait provoquer un enchaînement de violence incontrôlable. Si le régime iranien considère qu’il n’a plus rien à perdre, il peut choisir d’élargir le conflit plutôt que de céder. À partir de là, le Golfe entier entre dans la zone de risque : trafic maritime, installations pétrolières, bases américaines, partenaires arabes de Washington, tout peut devenir cible ou enjeu.

Le vrai problème pour Trump est là : un blocus se décrète vite, mais se maîtrise mal. L’onde de choc est mondiale. La visite de Donald Trump en Chine, prévue initialement à la fin du mois de mars, a été reportée d’un mois. Or, Trump doit mener des négociations commerciales cruciales avec ce pays, dont l’Iran est un des principaux fournisseurs en pétrole brut (près de 14 % des importations) …

L’Iran aussi prend des risques. La situation économique est catastrophique et le régime joue son va-tout.

Ormuz n’est donc pas seulement un détroit. C’est aujourd’hui le point où se rencontrent la guerre, l’énergie, la crédibilité stratégique américaine et le risque d’un choc mondial. Et quand un tel point de rencontre s’embrase, ce n’est jamais une crise locale.