Du 9 au 20 novembre, la ville turque d’Antalya accueillera la COP31, la conférence annuelle des Nations unies sur le climat.

Après une COP29 à Bakou dominée par les difficiles négociations sur le financement climatique et une COP30 à Belém critiquée pour son manque d’ambition sur les énergies fossiles, cette nouvelle édition est attendue comme celle qui devra réconcilier ambitions climatiques et mise en œuvre concrète.

L’objectif affiché par la présidence turque est clair : une COP plus prévisible, plus transparente et davantage tournée vers l’action. Mais les discussions préparatoires de Bonn ont déjà montré que les divisions restent profondes, tant sur la science climatique que sur la sortie des combustibles fossiles, le financement ou encore les rapports de force géopolitiques.

De Bakou à Belém : un cycle de COP sous tension

La COP29 de Bakou avait principalement porté sur la question du financement climatique, sans parvenir à apaiser les tensions entre pays développés et pays en développement.

À Belém, lors de la COP30, les attentes étaient fortes concernant la mise en œuvre de l’engagement historique pris à Dubaï (COP28) en faveur d’une transition hors des énergies fossiles. Mais le texte final n’a finalement pas repris cette référence, sous la pression de grands producteurs de pétrole et de gaz. En contrepartie, la présidence brésilienne a seulement proposé une feuille de route volontaire pour réduire progressivement charbon, pétrole et gaz.

Pour plusieurs responsables européens, cette conférence a marqué une perte d’élan politique. La ministre française de la Transition écologique, Monique Barbut, estime que la sortie des énergies fossiles doit redevenir « la priorité » des négociations, jugeant que la COP30 a produit une déclaration « vide de sens » sur ce point.

Antalya veut éviter une nouvelle COP de blocage

La Turquie entend rompre avec les négociations de dernière minute qui caractérisent souvent les conférences climatiques.

Le président de la COP31, Murat Kurum, promet une conférence « prévisible », où les États connaîtront les objectifs poursuivis bien avant l’ouverture des discussions.

La présidence turque souhaite concentrer ses efforts sur des engagements volontaires plutôt que sur de nouveaux textes contraignants, estimant que les chances d’obtenir un consensus sur des formulations sensibles restent limitées.

Cette approche est soutenue par Chris Bowen, ministre australien du Climat, chargé de conduire les négociations au nom de la COP31 dans un partage inédit des responsabilités avec la Turquie. Selon lui, le consensus ne se construit qu’au terme de plusieurs mois de dialogue et Antalya doit envoyer « un signal très positif » tout en restant transparente.

Logo officiel de la COP31 à Antalya

L’électrification comme nouveau mot d’ordre

La principale initiative portée par la présidence turque est un objectif mondial visant à faire passer la part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie d’un peu plus de 20 % aujourd’hui à 35 % d’ici 2035.

L’idée est d’accélérer l’électrification des transports, du chauffage et de certaines industries afin de réduire progressivement la consommation de pétrole, de gaz et de charbon.

Pour Chris Bowen, la crise énergétique provoquée par les tensions au Moyen-Orient renforce cette stratégie : sortir de la dépendance aux combustibles fossiles permettrait à la fois de réduire les émissions de gaz à effet de serre et d’améliorer la sécurité énergétique.

Mais plusieurs ONG rappellent que l’électrification n’aura de bénéfice climatique que si l’électricité provient elle-même de sources renouvelables. Greenpeace souligne ainsi la contradiction entre cette ambition et le maintien de nombreuses centrales à charbon en Turquie.

La science remise en cause à Bonn

Les négociations préparatoires organisées à Bonn ont révélé des tensions inhabituelles autour des bases scientifiques mêmes de l’action climatique.

Selon plusieurs délégations, un petit groupe de pays défendant les intérêts des énergies fossiles aurait tenté de supprimer dans les textes toute référence au GIEC ainsi qu’à l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5 °C.

Le bulletin indépendant Earth Negotiations Bulletin rapporte notamment que l’Arabie saoudite s’est opposée à plusieurs références scientifiques, tandis que l’Inde a proposé de retirer certaines mentions sur les changements irréversibles du climat.

Les petits États insulaires, l’Union européenne et les pays les moins avancés ont dénoncé ces tentatives, rappelant que « la science n’est pas négociable ».

Cette bataille intervient alors que plusieurs pays avaient déjà demandé de reporter d’un an la publication du prochain grand rapport d’évaluation du GIEC.

Une sortie des fossiles toujours au cœur du débat

Malgré l’échec de Belém, la sortie progressive des combustibles fossiles reste l’un des principaux enjeux politiques de la COP31.

Une cinquantaine de pays volontaires ont d’ailleurs lancé au printemps, à Santa Marta (Colombie), une coalition destinée à poursuivre cet objectif en dehors du cadre onusien.

L’Union européenne souhaite que les engagements pris à Dubaï redeviennent une référence centrale des négociations.
Pour Chris Bowen, la guerre au Moyen-Orient illustre au contraire que sécurité énergétique et lutte contre le changement climatique convergent désormais vers une même réponse : réduire la dépendance mondiale aux combustibles fossiles.

Le financement climatique sous surveillance

Autre dossier majeur attendu à Antalya : le financement des pays les plus vulnérables.

Une enquête a notamment mis en lumière des investissements controversés du fonds fiduciaire des Tuvalu, destiné à financer l’adaptation climatique de cet État insulaire particulièrement menacé par la montée des eaux. Une partie des actifs aurait été placée dans des entreprises liées au charbon, au pétrole et au gaz, suscitant des accusations de greenwashing et des interrogations sur la gouvernance des financements climatiques.

Quelques mois avant la COP31, cette affaire illustre les exigences croissantes de transparence concernant les fonds destinés à la transition climatique.

Une COP également marquée par des tensions diplomatiques

Le climat géopolitique pourrait aussi peser sur Antalya.

Chypre accuse la Turquie de l’avoir exclue de plusieurs réunions préparatoires de la COP31 et craint de ne pas être officiellement invitée à la conférence, en raison du différend historique entre les deux pays.

La Commission européenne a qualifié cette situation « d’inacceptable », tandis que les États membres de l’Union ont affiché leur solidarité avec Nicosie. Bruxelles prévient qu’elle n’acceptera pas qu’un État membre de l’UE et des Nations unies soit écarté d’une conférence onusienne.

Une COP charnière

Antalya devra répondre à une question centrale : les COP peuvent-elles encore produire des avancées politiques majeures malgré un système fondé sur le consensus, où quelques États suffisent à bloquer un accord ?

Entre les divisions persistantes sur les énergies fossiles, les attaques contre le consensus scientifique, les attentes immenses en matière de financement et les tensions diplomatiques, la COP31 s’annonce particulièrement complexe.

Après Bakou et Belém, Antalya est attendue comme la conférence qui devra démontrer que les engagements climatiques peuvent enfin se traduire en décisions concrètes, tout en préservant l’objectif de limiter le réchauffement mondial à 1,5 °C.

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